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Dans le désert du Padjelanta

Dans le désert du Padjelanta Posted on 25 août 201311 Comments

Non le Padjelanta n’est aucunement un désert qu’on se rassure.

Il s’agit d’un des nombreux parcs nationaux de Suède. Si j’évoque le désert c’est qu’il s’agit d’un désert humain. Situé au dessus du cercle polaire, à plus de 200 km, le Padjelantaleden est un chemin super bien balisé et entretenu (alors qu’il n’y a pas foule) où ma foi il serait bien difficile de se perdre … sauf évidemment en sortant des sentiers battus.

Mais revenons sur cette expérience qui m’a quand même bien bottée.
Dans le précédent post j’étais à Kvikkjokk, me préparant mentalement à mes 8 jours de marche.
J’avais donc décidé de faire tout le séjour en m’hébergeant moi même sous ma tente Vaude, à proximité des refuges … ou pas… genre me réveiller au bord du lac , le bon cliché.
Mais voilà étant seule et étant dans un désert humain j’ai vite abandonné l’idée de sortir des sentiers battus et de rester raisonnable un tout petit peu (première frustration).
Donc j’ai suivi consciencieusement le chemin du Padjelanta avec comme étapes des noms de rêves :

  • Njunjes
  • Sammarlarpa (mal) (oui oui j’ai abusé des méchant jeux de mots…à parler toute seule dans ma tête)
  • Tarreluopal
  • Tuottar (ou jamais)
  • Staloluokta
  • et quatre autres noms que je vais vous épargner car en fait je me suis arrêtée à Stalolukta (et voilà que je m’auto spoile)
  • pour finir à Ritsem

Au total on est à 142 km de marche… normalement.

Premier jour je suis guillerette. 11 km de marche. Easy!
Je pars de Kvikkjokk, beaume au coeur, sac chargé à bloc (je pense dans les 16kg), un groupe de papis/mamies suédois sur mes traces. Non je ne suis pas seule, même que ce serait bien que je le sois, je suis venue chercher du repos de l’ame (bla bla bla). Bref je les distance assez finalement tout en trouvant de nouveaux compagnons : les moustiques! un.. deux… des dizaines! Rapidement je mets l’esthétisme de coté pour coiffer une superbe casquette moustiquaire (aucune photo ne subsiste de cette accessoire mis en situation).
J’arrive à Njunjes. Première nuit sous la tente avec en fond sonore la rivière qui coule. Joie amour liberté et mosquito!
Même pas peur. Je plante la tente. Une petite douche dans le ruisseau, un bon petit repas , quelques photos et hop repos dans la tente à bouquiner en me disant que le sommeil va vite venir….
… sauf que le soleil et ben il ne se couche pas. Je sors mon cache yeux (vi vi vi)… toujours pas le sommeil car en fait la rivière elle fait quand même beaucoup de bruit… je sors les boules Quies.. oui je suis une vraie aventurière moi messieurs dames!

Caillebotis et Padjelanta

Premier plantage de tente

Vu de la tente : Njunjes

Rivière à Njunjes
Malgré une nuit courte je me réveille vers 7h . 8h je suis quasi en route pour le jour 2. Deux étapes en une de 19 km pour aller à Sammarlappa. Je me fais surprendre par le début : ça grimpe! ce sera bien la seule fois. Toujours à traverser des marais et donc des moustiques. Je n’ose m’arrêter prendre des photos sous peine d’agressions caractérisées. Je pshittpshitte à mort les parties aérées de mon corps. Le chemin est souvent pavé de caillebotis, des fois humides. Ce sont ces moments sans défense que les moustiques choisissent pour attaquer on dirait. Ayant trop relaché l’attention de la marche, je glisse, un genou heure le bois tandi que l’autre jambe s’enfonce dans une espèce de mélasse jusqu’au genou. Je peine à me relever, la jambe faisant un slurp d’aspiration en s’estraillant de la boue. Je bénie mes chaussures qui ont su assurer une relative étanchéité.
Et surtout maintenant, il n’y a personne sur le chemin. Dorénavant je vais croiser 3 à 4 personnes max par jour.
La fin de journée est menaçante niveau temps et finalement non. Mais je choisis tout de même l’option plantage de tente à coté du refuge et payer pour utiliser la cuisine. En effet l’endroit est juste infecté de … je vous laisse deviner… suceurs de sang. L’hôte me dit que si j’ai le courage à 6 km c’est fini il n’y en a plus. Oui mais non pas le courage.
Endroit de campement en pleine nature que je découvrirais le lendemain effectivement juste devant le panneau « bienvenue au parc national du Padjelanta ».

Vue sur lac

Life is beautiful

Refuge Sammarlappa

Jour 3 en météo mi figue mi raisin. Du vent et pour finir un peu de pluie , mais plus de moustique! Arrivée à Tarreluopal, trop de vent et la pluie qui commence bien. Je décide d’expérimenter le refuge à la suédoise. Des petites maisonnettes pour 4 à 6 personnes avec tout le confort de la cuisine équipée sans eau ni électricité et du vrai lit. Toutes les maisonnettes sont grandes ouvertes et accueillantes. Certes mais à qui on paye? Après avoir cherché longtemps, enfin dans une cabane un peu excentrée, je tombe sur un homme des bois poilu et couteau sur le coté (le it accessoire je l’ai déjà dit je crois). « Are you alone? » .. je mentirais bien il me fait un peu peur mais en même temps comme je suis la seule cliente ça risque de se voir. Après avoir pris connaissance de ma nationalité il m’a vaguement parlé d’un super joueur suédois qu’on aurait à Paris..Bref prendre la nuitée au chaud fut une bonne idée vu le bazar météo qu’il y a eu à l’extérieur. Je profite quand même d’un moment d’acalmie pour faire des photos.

Seule

Refuge de Tarruluopal

Pont

Jour 4 : au matin il refait plus ou moins grand beau. Direction Tuottar. Moultes lacs sur le chemin.. c’est beau..le soleil finit par bien briller. Je croise régulièrement des rennes trop loin pour les prendre en photos.
Je dépasse Tuottar pour me poser avec vue sur lac. Tente plantée.. je commence un peu à m’ennuyer. Et à beaucoup causer dans ma tête c’est rude. Le genou et la cheville commencent à être douloureux. Des douleurs que je connais mais qui peuvent se supporter.
La nuit sous tente va être affreuse : vent pluie … peur que tout s’envole. J’ai du dormir 2 h (note pour plus tard : cette tente en fait est vraiment très bien, il ne faudra plus s’inquiéter à l’avenir).

Lac du Padjelanta

Vue sur lac de ma tente

La penseuse du Padjelanta

Lac du Padjelanta

Ma tente et moi

Jour 5 : A 8h il pleut toujours, je remballe sous une bruine. 19 km jusqu’au prochain point. J’en ai marre, le moral en berne, douleur… bref j’ai englouti les 19 km d’une traite, sans manger , sans quasi aucun arrêt, pressée d’en finir.
Je crois bien que j’ai pleuré discrètement en arrivant à Staloluokta. Un hélicoptère passe. Révélation : si le temps ne s’arrange pas je prends l’hélico!
Confirmation les 3 jours à venir me dit on (car oui il y a enfin du monde c’est le spot cette endroit) ne vont pas être mieux. Je demande la typo des chemins à venir : beaucoup de gués, j’aime pas les gués! Même me dit on pour une fille « qui voyage seule et que wouah t’as pas peur » un jeune danois s’est noyé « on ne sait pas comment » il y a un mois, donc méfiance ».
C’est un de ces moments où le ras le pompom amplifie tout ce qu’on vous dit .. je pense m’être beaucoup noirci le tableau, mais j’en avais vraiment marre… d’être seule.
Bref je décide de ne plus être aventurière, de ne plus être à 4 pattes sous la tente pour chercher un truc : nuit et sauna au refuge et ce sera l’hélico pour les 40 km restants!
Le sauna fut une expérience inoubliable. Arrivée avec mon maillot, je ne l’ai même pas enfilé en voyant les nanas sortir nues du lacs. Oilpé expérience! (et la suédoise à 90 % ne se préoccupe pas de son épilation intime, qu’on se le dise) Et je l’avoue la baignade (rapide) nue dans le lac c’était quand même bien!

Et soudain un arc en ciel

Au loin, Staloluokta

Refuge de Staloluokta

Vue sur lac

A l’aube du 6ème jour une nouvelle douleur au mollet, résultante de la veille, me fait dire que j’ai pris la bonne décision (ce sera près de 5 jours à trainer la patte). Pourtant si il avait fait beau je serais restée au moins un jour de plus dans cette « station » qui commençait à être peuplée car souvent dernier point du trek de ceux qui arrivent de Ritsem.

Hélicoptère

Vue de l'hélico

Sans regret je m’envole vers Ritsem d’où je partirai vers Kiruna… mais ça c’est encore une autre histoire.

Toute les photos sur Flickr.

Quelques infos pratiques pour ceux qui s’aventureraient sur le Padjelantaleden, qui est quand même à faire!

Prix des habitats :

  • En pleine nature : 0 SEK
  • Sous la tente en utilisant les infrastructures : de 120 à 200 SEK
  • En dur : de 320 à 420 SEK

Possibilité de se ravitailler un peu en tube de jambon, pain suédois et chocolat dans les points de chute

11 comments

    1. Sérieusement c’est parfait pour être seuls à deux… mais seule seule j’ai découvert mon max à 5 jours. Ca me donne des repères pour de futures aventures.
      Sinon c’était vraiment chouette, je ne regrette rien

  1. Woooaw, les photos sont vraiment chouettes ! (C’est quoi comme appareil ?)
    En tout cas, ça me donne de plus en plus envie de tenter un petit bout de cette rando/trek.
    Je m’en vais lire la première partie de ton récit suédois 😉

    1. Merci 🙂
      L’appareil c’est le Nex 6 de sony (mais comme tout le monde il y a un peu de retouche)
      Je conseille le trek qui n’a pas de difficulté particulière. Quand même un regret d’être partie seule. A deux au moins c’eut été je pense … grand

    1. M’en parle pas , des destinations qui me font rêver… avec l’homme de septembre?? 🙂
      Blague à part, quiconque me connait depuis très longtemps connait mon rapport aux suédois…enfin à un suédois précisément… donc que l’homme de septembre soit de là bas, pas sure que ce soit une bonne idée..

  2. Je passe sur ton blog par nostalgie suite à ma balade sur le padjelanta fin 08/2014… avec un seul jour de pluie ! grandiose !
    Après Stalo direction Ritsem tu as raté une très belle partie en surplomb des lacs mais ce sera pour une autre fois.
    Et je suis tout a fait d’accord avec toi: seul c’est magique… mais c’est aussi être vraiment seul, alors que ce doit être fantastique en couple, et là, vraiment seuls au monde.
    Et bon jolies photos et texte « vivant »
    Je suis fan de l’Islande mais la Laponie a vraiment quelque chose de plus et seul j’ai eu de vrais contacts avec les rares locaux, que j’ai conservé.
    Bonne route

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